Bibliothèque du Séminaire de Liège

 

Un fonds ancien ouvert sur le présent… et le futur

 

 

Après quatre siècles d’un parcours riche et parfois mouvementé au cœur de la vie culturelle de la Principauté, les collections ancestrales du Séminaire de Liège inventoriées et interrogées  aujourd’hui par une équipe d’historiens passionnés,  s’imposent comme un fonds de taille moyenne mais remarquable, éclectique, ouvert vers l’extérieur,  les nouveaux publics et les technologies actuelles de conservation.

 

 

 

 

                            

                               Les bâtiments de l’ancienne abbaye de Beaurepart,

                                                         occupés autrefois par les Prémontrés,

abritent depuis près de deux siècles le Grand Séminaire de Liège.

 

      

  Située actuellement dans les bâtiments de l’ancienne abbaye de Beaurepart et  bercée par les eaux paisibles de la Meuse, la Bibliothèque du Séminaire de Liège  est la doyenne des bibliothèques de la Cité ardente.

Aussi, présenter son fonds ancien équivaut-il à  remonter le cours d’une des périodes les plus riches que connut  la Principauté. 1592 : nous sommes aux sources de la renaissance liégeoise.

Mais la vie ne sera pas toujours un long fleuve tranquille pour ces collections.  Et  si celles-ci croissent  au fil des années par l’apport de livres originaires d’anciennes maisons religieuses liégeoises, elles doivent malheureusement également affronter de nombreuses épreuves... Inondations, incendies, pillages, déménagements, Révolution endommageront  successivement le fonds originel.  Sans cesse, celui-ci sera amené à se relever,  à se reconstituer !

          A cet égard, le fonds ancien de la bibliothèque actuelle ne possède qu’un nombre limité d’ouvrages provenant de la bibliothèque d’origine.  Notons également que la  Bibliothèque Nationale de Paris possède de nombreux exemplaires d’ouvrages de philosophie, géographie, droit, pillés lors de la période révolutionnaire et possédant la marque d’appartenance… de la Bibliothèque du Séminaire de Liège ! 

Dernière aventure en date : récemment,  le directeur de la bibliothèque, Yves Charlier, s’est rendu à Londres afin de récupérer un feuillet volé d’un incunable remarquable du XIIIème siècle, la Bible de Léau,  mis en vente chez Christie’s et dont la bibliothèque est propriétaire… (1) 

      

 

 

 

 

 

 

Après de nombreuses péripéties, le feuillet volé de l’incunable du XIIIème siècle a bien réintégré la bibliothèque…

 

 

 

   

 

 

 

 

Est-ce ce parcours parfois mouvementé, fortement imprégné d’adaptations et de renaissances qui, inconsciemment, influence aujourd’hui l’importante impression d’ouverture et de vie que l’on ressent lorsque l’on pénètre dans cette bibliothèque et que l’on découvre, en compagnie d’Yves Charlier,  la façon d’y travailler ?

Peut-être, en effet,  s’agit-il d’une hypothèse.

Et cette agréable ambiance, nous la ressentons à différents niveaux : dans la façon d’aborder la bibliophilie, dans le besoin de faire respirer ce fonds en l’ouvrant aux technologies actuelles et aussi à de nouveaux publics mais aussi dans l’identité de ces collections. Celles-ci ne couvrent en effet pas uniquement les  domaines religieux ou théologiques mais sont très éclectiques : histoire, droit civil, médecine, sciences et géographie. 

 

Ouvertures

 

     Pour mieux faire connaître les collections de ce département historique, un  inventaire catalographique exhaustif était nécessaire. Cette recherche a débouché sur la parution d’un « Catalogue des imprimés du XVIème siècle ». (2)

« Ce travail est internationalement reconnu, précise Yves Charlier,  et il nous permet de répondre à de nombreuses demandes venant de bibliothèques étrangères. Cette ouverture est, à l’heure actuelle  une nécessité ».

Mais, l’équipe nourrit encore différents projets dont la parution prochaine d’un  « Catalogue des manuscrits ».  Après dix années de recherches, celui-ci verra le jour fin 2007. L’impression sera prise en charge par « l’Académie Royale de Belgique».

 

     Cet esprit d’ouverture, nous le ressentons également dans la façon d’envisager la  conservation de ce patrimoine.

Ce problème est en effet capital. « La numérisation de notre fonds ancien de manuscrits  est une urgence, explique  Yves Charlier, mais les procédés qui existent à l’heure actuelle sont beaucoup trop onéreux et s’appliquent  à des bibliothèques universitaires ».

« Au Séminaire, nous avons pris les devants, poursuit-il,  car nous ne voulons pas attendre qu’il soit trop tard. Une réunion a bien eu lieu avec la Communauté française mais elle  n’a débouché sur aucune mesure concrète. Aussi, chaque fois que nous avons une demande, nous numérisons le document de notre propre initiative ».

Le résultat est encourageant : un quart du fonds est déjà numérisé c'est-à-dire plus ou moins cinquante manuscrits sur deux cents !.

Mais ce volontarisme dont font preuve ici les responsables de cette bibliothèque ne doit pas occulter le problème de fond  auquel les pouvoirs publics devraient apporter une réponse budgétaire. Il est en effet impératif de scanner de manière encore plus professionnelle, de posséder un logiciel adéquat et  surtout, de disposer de personnel scientifique qui serait attaché à cette mission d’’informatisation et à la numérisation du fonds.

 

       Ouvrir les collections à de nouveaux publics, voilà bien également une  des priorités du directeur de cette bibliothèque !

 

                                                 Accueil d’un groupe d’élèves

 

 

   

« Manuscrits, enluminures, colophons, antiphonaires, lettrines, incunables, parchemins… des mots qui respirent l’histoire du livre, des mots sur lesquels on a envie de mettre des images, des mots que l’on voudrait respirer ou pouvoir rencontrer… »   

Conscient que la poésie qui se dégage de cette ambiance liée à l’histoire du livre peut susciter l’intérêt des jeunes mais aussi désireux de mieux les informer sur ce parcours passionnant, il  invite chaque année une cinquantaine de classes afin de vivre, et retracer ensemble, un parcours de plusieurs siècles…

 

Une grande table de la salle de lecture de la bibliothèque sur laquelle sont disposés des manuscrits et imprimés du 10ème au 19ème siècle : voici le décor autour duquel les jeunes se rassemblent.

 

Des ouvrages précieux de ce genre, certains ont parfois eu l’occasion d’en voir derrière les vitrines de certains musées, rarement l’occasion de pouvoir les approcher…

« En effet, explique Yves Charlier, le fait de les voir de près, de les sentir et de pouvoir les toucher provoque toujours beaucoup de réactions et suscite de nombreuses questions. Tenir dans ses mains un livre qui a plus de mille ans ne laisse personne indifférent. De plus, je tiens à souligner que nous accueillons des classes de l’enseignement général mais aussi de l’enseignement technique et professionnel.  La plupart des jeunes qui participent à ces animations sont très intéressés par ce parcours qui se révèle surprenant pour certains. En tant que section spécialisée d’une bibliothèque publique, le Centre Multimédia Don Bosco, je suis convaincu que notre rôle de sensibilisation à la lecture passe aussi par cette découverte des racines de cet objet magique qu’est le livre". (3)

 

 

     Cet esprit d’ouverture se remarque également dans les multiples partenariats que cette bibliothèque noue avec différents musées ou  lors de l’organisation de certaines expositions.  Ainsi, une vitrine leur est réservée au « Trésor de la  Cathédrale de Liège » et au « Musée d’Art religieux ».

Récemment, la Bibliothèque du Séminaire a apporté une aide importante aux organisateurs de l’exposition « Made in Belgium ». Vingt livres ( manuscrits, livres belges liés à des abbayes importantes et imprimés en Belgique chez des liégeois  et des anversois) ont été prêtés.

 

     Enfin terminons, ce tour d’horizon en évoquant un axe primordial qui concerne l’ouverture aux autres c'est-à-dire principalement aux lecteurs, étudiants et chercheurs.

« Nous essayons de conjuguer performance et convivialité, explique Yves Charlier. Nous sommes situés à deux pas de la bibliothèque universitaire de Liège et, malgré cette proximité, beaucoup optent pour une recherche dans notre fonds précieux.  Notre service est plus personnalisé et plus rapide. Résultat : de nombreux chercheurs préfèrent se rendre ici car le livre est disponible dans des délais raisonnables. De plus, une aide est toujours proposée. Il y a toujours bien un chercheur qui connaît le latin dans la salle de lecture ce qui facilite parfois la recherche des étudiants. Cette convivialité, nous voulons la préserver ».

Fait intéressant, le directeur remarque depuis peu une ouverture vers le monde de l’enseignement artistique. Des étudiants de l’Institut Saint-Luc réalisent des recherches à partir de gravures présentes ici.

 

 

Actuellement un nombre important d’ouvrages anciens rejoignent la bibliothèque du Séminaire. Le but : les aider à mieux traverser le temps. Ils constituaient, par exemple, le riche fonds de la bibliothèque de l’Abbaye de Val Dieu ou de congrégations religieuses anciennes qui se restructurent et abandonnent le Pays de Liège. De nouveaux espaces ont dû être installés pour accueillir ces pièces parfois uniques, aux fortes reliures de cuir et qui feront l’objet, dans les mois à venir, de l’examen attentif des équipes de travail de la bibliothèque.

 

Dans ce lieu plein de sérénité et de calme, on aimerait, par une numérisation plus performante, moins agressive pour les ouvrages et plus systématique, laisser aux générations à venir, la possibilité de consulter ces fonds précieux et anciens dans de très bonnes conditions. Mais il y a des conditions minimales pour réaliser cela. Ainsi, à ce jour, aucun membre du personnel n’est pris en charge par la collectivité mis à part celui de la bibliothèque publique locale « Centre Multimédia Don Bosco » qui, par ailleurs,  n’a aucun soutien pour cette mission de conservation du patrimoine local. Espérons que la Communauté puisse, par une révision de ses stratégies de subventionnement,  intégrer cet aspect des choses et organiser une véritable prise en charge de ces fonds précieux et anciens qui sont liés à notre Histoire…

 

 

 

 

Le fonds en bref…et en images

 

Le premier fonds de la bibliothèque du séminaire,  connu grâce à un manuscrit de la fin du XVIe,  est constitué d’un peu moins de trente ouvrages principalement religieux.

 

 

 1 volume de « L’Atlas de Blaeu »  paru à Amsterdam à partir de 1645 

 

 

 

Actuellement, le fonds ancien de la bibliothèque du séminaire compte près de 40 000 volumes d’avant 1800. On y recense 320 manuscrits (du XIème au XVIIIème siècle), près de 200 incunables, 2000 imprimés du  XVIème,  plus de 10.000 du XVIIème et 25 000 du XVIIIème siècle.

 

La bibliothèque de l’ancien séminaire ayant pratiquement disparu à l’époque révolutionnaire, le fonds actuel a été reconstitué à partir de 1816.  Initialement, il s’est formé –comme la bibliothèque de l’université- à partir des vestiges des bibliothèques monastiques et conventuelles de l’ancienne Principauté.

 

Enrichi de legs, dons ou dépôt (abbaye du Val-Dieu, abbaye de Rolduc, Simon-Pierre Ernst, professeur Schwartz…), il était à peu près constitué en 1850 (date du 1er catalogue alphabétique).

Trois matières y sont principalement représentées : la théologie au sens large, l’histoire et le droit.

On y trouve quelques ouvrages uniques au monde :

 

- un Missel liégeois de Jean de Westphalie vers 1481 ;

- un Nouveau Testament imprimé en français à Louvain en 1549 ;

- quelques exemplaires magnifiquement illustrés comme la Bible enluminée de Léau en 3 volumes de 1248 ;

- un graduel du 14e siècle aux lettrines exceptionnelles ;

- 6 volumes de l’Atlas de Blaeu parus à Amsterdam à partir de 1645 ;

- les 5 volumes des Délices du Pays de Liège de Saumery avec les gravures de R. Leloup ;

- les 15 volumes de l’Antiquité expliquées de B. de Montfaucon.

A de rares exceptions, tous ces ouvrages ont conservé leur reliure d’origine.

 

 

 

Les souhaits de Yves Charlier pour l’avenir…

 

 

1      Développer encore davantage l’aspect diffusion : « le public est surpris de découvrir ici de telles richesses, nous devons essayer d’accueillir davantage d’élèves et d’adultes » ;

2      Que ce fonds soit encore davantage questionné..

3      Ensemble, mieux  prendre en considération ce patrimoine : » Nous devons  nous questionner davantage sur  l’état dans lequel sera ce patrimoine dans quelques  générations. Ici, au Séminaire, nous sommes encore en mesure d’avoir un contact direct avec les livres car nos collections ne nous dépassent pas. Les livres sont entretenus,  cirés régulièrement, nettoyés et nous partons à la recherche de petits vers susceptibles d’endommager le papier… Mais je souhaiterais qu’une réflexion globale soit amorcée par les pouvoirs publics et qu’une réelle politique de conservation avec davantage de moyens financiers soit élaborée ».

     4     Accueillir davantage de livres.    « Notre fonds n’arrête pas de s’accroître

      notamment par diverses donations de congrégations. Et c’est un signe de bonne

      santé ».

5          Aménager le circuit électrique.  « C’est impératif  afin que tout ne s’envole pas un jour en  fumée… ». 

 

 

Françoise VANESSE

 

 

Notes

 

(1)Sur ce sujet, lire  l’article : « Les tortueux chemins de croix de deux manuscrits liégeois » : http://www.centremultimedia.be

 

(2) J. GUSTIN, «  Catalogue des imprimés du XVIème siècle conservés à la bibliothèque du Séminaire de Liège », Bruxelles, 1996,  diffusé par le Service des  « Archives et Bibliothèques de Belgique ».

 

(3) Sur ce sujet, voir aussi les articles suivants :

 

- J-M DEFAWE, La bibliothèque du Séminaire de Liège » in « Lectures », n° 53, 1990, pp 7-8

- F. VANESSE,  « Sensibilisation des jeunes à l’histoire du livre à la Bibliothèque du Grand Séminaire de Liège », http://www.fibbc.be, Rubrique Jeunesse.

- Catalogue de la bibliothèque du Séminaire (voir catalogue du Centre Multimédia Don Bosco)